Bilan de l’activité de soutien de RSF en 2013

Le bureau Assistance du Secrétariat international de Reporters sans frontières et son homologue berlinois sont chargés de coordonner le soutien administratif, matériel et financier que l’organisation apporte aux journalistes et médias en difficulté. Mise en sécurité, soutien à la poursuite des activités de médias pris pour cibles, prise en charge des frais médicaux ou de justice de journalistes agressés ou poursuivis, soutien d’urgence pour les journalistes en exil, sont autant d’actions que Reporters sans frontières entreprend pour aider les acteurs de l’information du monde entier face aux situations de crise qu’ils traversent.

Reporters sans frontières a accordé 157 bourses d’assistance en 2013, pour un montant global de plus de 160 000€. L’organisation a rédigé près de 180 courriers de soutien afin d’aider des journalistes à obtenir un visa ou une protection internationale adéquate.

 

Origine géographique des professionnels des médias soutenus

 

Un tiers des bourses allouées en 2013 l’ont été au bénéfice de journalistes originaires de pays du Moyen-Orient, et majoritairement au profit de journalistes syriens, quien raison du conflit et de la répression endémique ont été contraints à l’exil. Depuis le début du conflit en mars 2011, RSF a recensé au moins 121 cas de journalistes syriens, qui ont fui les violences et la répression dans leur pays. Ces bourses étaient destinées à leur permettre de faire face à leurs besoins de première urgence et à assurer leur mise en sécurité.

Reporters sans frontières a également largement soutenu les journalistes de la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique (26% leur ont été consacrées) victimes de l’insécurité et l’arbitraire régnant en maîtres en République démocratique du Congo (notamment dans les Kivus), au Rwanda eten Erythrée.

Le graphique ci-dessous représente la répartition des bourses d’aide accordées en 2013 en fonction de l’origine géographique des bénéficiaires :

Bourses - Géo 2013

Répartition des bourses en fonction de l’origine géographique des bénéficiaires

 

Nature des problèmes rencontrés par les journalistes

Si les bourses d’assistance versées par Reporters sans frontières permettent aux journalistes en exil de subvenir à leurs besoins de première nécessité dans les pays de transit où ils se trouvent le plus souvent sans ressources ni revenus à leur arrivée (40% des cas), elles sont également destinées à donner les moyens aux journalistes indûment poursuivis de faire face à leurs frais de justice (12%).

11% des bourses d’assistance ont permis de régler les frais médicaux de journalistes blessés dans le cadre de leur activité ou nécessitant des soins suite à de mauvais traitements en détention. 11% d’entre elles ont permis à des journalistes menacés de se mettre en sécurité dans leur pays ou de le quitter en urgence pour un pays voisin ou l’Europe, lorsque la gravité des menaces l’exigeait. Enfin, 8% des bourses ont été versées à des proches de journalistes afin de les aider à faire face à la perte de revenus causée par l’incarcération, l’hospitalisation ou le décès d’un journaliste.

Le diagramme ci-dessous représente la répartition de l’aide financière en fonction de l’objet des bourses d’assistance octroyées :

Bourses - Objet 2013

 

Bénéficiaires des bourses d’assistance

Plus de la moitié des bourses d’assistance ont été versées à des journalistes en exil, en raison notamment de la crise humanitaire syrienne qui a touché de nombreux acteurs de l’information. Les journalistes professionnels ou citoyens syriens de l’information sont clairement visés tant par les représentants du régime que par les différentes milices parties au conflit, notamment les groupes djihadistes ISIS et du Front Al-Nosra, redoutables prédateurs de la liberté d’information. Depuis le début du conflit en mars 2011, au moins 107 acteurs syriens de l’information ont été tués, plus de 200 arrêtés par les forcesgouvernementales etau moins 58 ont été arrêtés ou enlevés par lesforces non-gouvernementales. Près de 50 sont aujourd’hui détenus, enlevés ou portés disparus.

Au regard de la gravité et de l’urgence de la situation en Syrie, un quart des bourses allouées en 2013 l’ont été au bénéfice d’acteurs de l’information syriens. Une trentaine de lettres de soutien ont été adressées au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, à des autorités étatiques ou des organes chargés de l’étude des demandes d’asile en France, en Allemagne et dans d’autres autres pays européens, afin de soutenir des dossiers syriens ou leur permettre d’obtenir un visa humanitaire.

Si bon nombre de lettres rédigées au profit des journalistes iraniens demandeurs d’asile en Europe ou en Amérique du Nord (26 courriers) concernaient des acteurs de l’information contraints de fuir la répression qui s’est abattue sur la sphère médiatique au lendemain de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009, Reporters sans frontières s’est largement engagée au soutien d’Iraniens contraints de fuir leur pays plus récemment. La vingtaine de lettre de soutien à des journalistes exilés des pays de transit en 2013 démontre à quel point le régime de Téhéran continue de museler la presse indépendante.

Dans le même temps, Reporters sans frontières a multiplié les échanges avec les services du UNHCR au Soudan, au Kenya, en Ethiopie ou en Ouganda, au sujet de journalistes érythréens, somaliens en exil, victimes du climat délétère pour l’information dans leur pays d’origine.

Reporters sans frontières s’est largement investie dans le soutien du travail d’information de médias, journalistes professionnels ou citoyens indépendants. 14% des bourses d’assistanceont été versées à des médias ou organisations indépendantes, représentant environ 60% du volume financier total de l’aide allouée par le Secrétariat international.

L’organisation a ainsi organisé une formation à Gaziantep destinée à soutenir la sphère médiatique syrienne émergente en Turquie en septembre 2013. Forte de son succès, l’organisation a d’ores et déjà prévu de tenir trois sessions semblables en 2014. Au cours du mois de décembre, 22 journalistes libyens ont été sensibilisés à la sécurité physique et à la couverture électorale lors d’une formation à Tunis.

Reporters sans frontières a également mis en ligne des miroirs de sites d’information attaqués ou bloqués afin de faire échec aux velléités de censure des autorités. Enfin, l’organisation a mené une campagne visant à alerter l’opinion publique sur la situation de la liberté d’information au Vietnam, seconde prison au monde pour les blogueurs et net-citoyens derrière la Chine. Reporters sans frontières a lancé une pétition exigeant la libération des 35 blogueurs actuellement emprisonnés, et a publié un rapport intitulé “La mort programmée de la liberté de l’information”, qui explore les méthodes utilisées par les autorités pour censurer la presse et réprimer les blogueurs et cyberdissidents. Plus de 32 000 personnes ont à ce jour signé la pétition.

Plusieurs bourses ont été allouées au soutien matériel et financier de blogueurs et médias en ligne vietnamiens, victimes de la politique de censure et de répression du gouvernement.

Le graphique suivant illustre la répartition des bourses selon la nature des bénéficiaires :

Bourses - Bénéf. 2013

PJ : Répartition des lettres de soutien envoyées par Reporters sans frontières en fonction de l’origine géographique des professionnels des médias soutenus ainsi que des autorités sollicitées.

Lettres - Géo 2013

Lettres - Destinataires 2013