Solidaires face à la répression

Le 15 décembre 2014, lors de la publication de son bilan annuel des violences contre les journalistes, Reporters sans frontières (RSF) recensait 139 journalistes professionnels et 20 citoyens-journalistes contraints de fuir leur pays en raison des menaces auxquelles leurs activités les avaient exposés. Ces chiffres traduisaient une hausse de plus de 100% du nombre de journalistes ayant quitté leur pays au cours de l’année, par rapport à 2013. Depuis, l’hémorragie continue. Des dizaines de leurs confrères nous ont contactés au cours du premier semestre 2015.

RSF s’efforce de leur venir en aide, leur apportant une aide financière et administrative. L’ONG retrace en outre leur parcours auprès des institutions vers lesquels ils se tournent en quête d’asile ou d’accueil, tentant de redonner une identité à ces héros devenus anonymes face aux affres du départ forcé.

Pour ces témoins “gênants”, l’exil représente parfois le seul recours possible pour échapper aux menaces de gouvernement ou de milices. Réduire les journalistes indépendants au silence en les poussant au départ fait plus que jamais partie de l’arsenal répressif des ennemis de la presse à travers le monde. Le chaos en Libye et en Syrie et la situation politique en Ethiopie, classées respectivement 154e, 177e et 142e sur les 180 places que compte le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 de RSF, ont précipité le départ de 111 journalistes professionnels ou non en 2014. Abonnés aux dernières places du Classement l’Erythrée, l’Iran et l’Azerbaïdjan viennent clore la liste des pays principaux pourvoyeurs de journalistes exilés en 2014.

Face à l’ampleur du phénomène et des besoins d’assistance des journalistes jetés sur le chemin de l’exil, RSF s’est associée à plusieurs organisations internationales et régionales de soutien aux journalistes et aux défenseurs des droits humains au cours des derniers mois.

RSF et le Committee to Protect Journalists (CPJ) sont ainsi partis du 5 au 10 octobre 2014 à la rencontre de plus de 20 journalistes éthiopiens contraints de fuir la répression pour le Kenya. Les organisations se sont également entretenues avec des représentants du Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies et du ministère de l’Intérieur kenyan au cours de la mission. Elles les ont exhortés à œuvrer à un traitement rapide des demandes de protection des journalistes et à examiner la possibilité pour eux de bénéficier d’une réinstallation vers un Etat sûr dans les meilleurs délais. De retour de mission, RSF et le CPJ ont partagé les informations relatives aux besoins de soutiens matériels et financiers récoltées sur le terrain avec une dizaine d’ONG partenaires afin que l’ensemble des journalistes bénéficie d’une aide adéquate. Nombre d’ONG ont attribué des bourses d’aide au cours du deuxième semestre 2014. Coordonnant son action avec ses partenaires, RSF a soutenu financièrement 11 journalistes éthiopiens en 2015, en marge de la mission de suivi effectuée par le CPJ et le Rory Peck Trust en avril dernier.

Constatant un afflux de demandes en provenance de Libye, RSF avait également participé à la mise en place d’un forum d’échanges et de coordination regroupant une dizaine d’associations internationales et régionales entre septembre 2014 et février 2015. 2014 a également vu la création d’une plateforme destinée au partage d’informations relatives aux besoins d’aide de journalistes syriens de façon sécurisée. De telles initiatives conjointes permettent à RSF et ses partenaires de mutualiser leurs ressources afin d’aider au mieux le plus grand nombre.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le regard de RSF et de neuf autres organisations d’aide aux journalistes est tourné vers le Burundi, où la crise politique s’est accompagnée de violences graves contre la presse. Alors que l’ensemble de la presse privée burundaise demeure suspendu et que le gouvernement burundais étend son contrôle sur la Radio nationale publique, nombre de journalistes se sont résolus à fuir, d’autres restés à Bujumbura continuent de craindre pour leur sécurité.